Et puis, je décidais de refaire le site

Cela fait 10 ans que je fais des photographies. 10 ans que je suis incapable de me dire photographe, même amateur, 10 ans que je dis simplement que je fais des photographies. Que j’ajoute après un temps de pause que je dois être le seul à vraiment percevoir « beaucoup de photographies ». C’est mon moyen à moi d’aller au devant de cette énigme toute personnelle qui parfois devient mon enfer. L’émotion c’est ce qui met en mouvement, et moi je déborde de mes mouvements, parfois contraires, toujours sincères, de ces mouvements dont si souvent on se délecte et que parfois on regrette. Cela fait 10 ans que je photographie les gens, dans la rue ou ailleurs, parce que j’aime les gens pour ce qu’ils sont, pour l’énigme qu’ils me sont, parce qu’en appuyant sur le déclencheur, surtout, je fige mon émotion de l’instant et que l’image qui en résulte me raconte avant tout mon histoire.

Mes photos je les montre sur les réseaux sociaux aussi vainement qu’on grave dans le bois fatigué d’un pupitre d’écolier une addition amoureuse cerclée d’un coeur. C’est l’image d’une histoire, un instantané qui n’a pas le temps de se raconter, l’image dont on ne connaîtra jamais l’histoire. Et moi je fais des photographies. Beaucoup de photographies. J’ai arrêté de compter les mauvaises, celles dont on se demande quelle histoire elles dépeignent, et je n’ai jamais réussi à conter les bonnes, parce que je n’ai jamais vraiment su ce que ça voulait dire. Mais à chaque déclenchement il y a l’émotion de l’instant, ce truc qui me met en mouvement jusqu’à la photo d’après.

Alors voilà. Je refais le site. Je n’y posterai pas d’albums, en tout cas ce n’est pas comme ça que je l’envisage pour le moment, non, j’ai plutôt envie de prendre le temps, de raconter le petit bout de mon histoire qui se cache dans l’image d’une histoire croisée au hasard.

Et forcément il y a de l’intime, du lourd, parfois, et du léger, souvent. Il y a une succession d’événements qui précèdent le besoin viscéral de prendre des photos, comme un remède, comme un soin, comme un truc qui ne marche pas si mal. Il y a en filigrane l’histoire d’un espoir à jamais déçu, de ces déceptions qui obligent à se découvrir, à mieux se connaître pour ne pas s’y enfermer à jamais.